JVE 2011 – Les réseaux sociaux internes : outils collaboratifs

Jean Leroyer,

PDG de Super U Nantes Distribution,

président de la Commission Commerce MEDEF LA,

nous présente :

Dominique Cardon, Olivier Guimard,

François Badénès et Yves Gillet.


Dominique Cardon, sociologue du Laboratoire des usages d’Orange Labs et spécialiste des réseaux sociaux.

explique que l’utilisation de l’email s’est d’abord développée dans l’entreprise. Puis dans un second temps, le grand public s’est approprié l’application pour son usage personnel. Aujourd’hui, les réseaux 1 sociaux supplantent progressivement l’usage des emails jugés envahissants, démodés et chronophages.

Quant aux réseaux sociaux, le phénomène est inversé : l’impulsion est née du grand public avant de tendre vers l’entreprise. Le public au sens large s’approprie tant les réseaux personnels que professionnels comme Facebook, Twitter, You tube, Viadeo, Linkedin.

Ce succès massif et étonnant des réseaux grand public est intimement lié à la dvnamique de deux variables :

  • la multiplicité de l’identité : « la possibilité de ne pas être ajoutée exactement soi-même et de jouer avec un éclatement en facettes de son identité », Exemple : Second life.

  • l’arbitrage de son identité numérique : « Mon identité est déterminée parce que je montre et ceux qui me voient ». Deux familles de réseaux se dégagent nettement :
  • le cercle restreint: espace où l’internaute montre beaucoup de soi, de sa vie quotidienne à un petit nombre de personnes (10/15 personnes) :collègues, amis, famille, … Celui-ci est dans le récit de son quotidien et sur le mode de la conversation.
  • le cercle vaste : dans un esprit de partage, l’internaute s’exprime à travers ce qu’il sait faire, ses passions et ses centres d’intérêts vers Un réseau beaucoup étendu et pas forcément connu.

Les réseaux sociaux d’entreprises ont pour objectif de développer un esprit collaboratif, de générer davantage de transversalité, de redonner de l’autonomie dans la gestion des savoirs et des compétences, mais aussi de valoriser l’identité du salarié. L’enjeu pour les entreprises est de trouver l’équilibre entre la dynamique descendante et ascendante. S’il est important d’encadrer l’outil par une charte commune, il n’en demeure pas moins fondamental de permettre aux salariés d’impulser des idées créatives et génératrices de projets.

Du point de vue sociologique, Dominique Cardon constate une ré-articulation profonde entre la sphère professionnelle et personnelle. Ainsi, ces formes innovantes d’échanges permettent l’émergence de qualités et de compétences nouvelles pouvant intéresser l’entreprise.
Créativité et inventivité trouvent là un nouveau champ d’expression
.

Olivier Guimard, responsable du service web, G&A links

illustre la montée des réseaux sociaux à travers son expérience chez Google où les ingénieurs ont pu consacrer 10% de leur temps de travail pour développer des projets innovant5 apportant de la valeur ajoutée aussi bien à l’entreprise qu’à la communauté (ex : économies d’énergie pour refroidir des serveurs). Fort de cette première expérience fédérant des compétences multiples d’ingénierie en tous points du globe, la création d’une plateforme était devenue une nécessité pour regrouper tous ces porteurs de projets. D’où le développement du réseau social interne intitulé MoMa. Au démarrage, la plate-forme dédiée uniquement aux ingénieurs s’est ouverte aux autres fonctions internes comme les ressources humaines, les services commerciaux et le marketing. La nature des échanges a évolué : d’abord  professionnels ceux-ci sont devenus progressivement plus personnels. Ex : organisation de co-voiturage, échanges de « bons plans », recherche de baby sitter … Olivier Guimard souligne dans ses expériences vécues qu’il n’y a pas eu d’excès ou de dérives liés à l’utilisation du réseau interne même si la question du recadrage a pu se poser à un moment. Le réseau est utilisé dans un esprit de « deal implicite ». En conclusion, Olivier Guimard rassure et encourage : « Il ne faut pas avoir peur de se lancer dans ce type de projet ». C’est bien grâce à ce type d’outil que les collaborateurs peuvent s’exprimer, se regrouper et s’associer pour mener à bien un projet qui leur tient à coeur et peuvent être bénéfique pour l’entreprise.


François Badénès, Human Connect

souligne que les 20 entreprises les plus performantes sur ces 10 dernières années ont toutes et s’appuient toutes sur un intranet rénové sur du management et de l’innovation participatifs. Il insiste particulièrement sur l’importance grandissante de la communication dans l’entreprise à travers le réseau social notamment en réponse à « l’infobésité » de l’e-mail. Un intranet pertinent inclut l’innovation participative, une interface intuitive et se conçoit en collaboration avec les DSI, les DRH, les directeurs de communication, les sociologues, les marketers.
Enfin, pour François Badénès « le ROI est le retour sur intelligence, le retour sur innovation » et estime le gap de productivité entre « un réseau pertinent » et « une usine à gaz »  30 %.


Yves Gillet, PDG de SCE (5 implantations nationales et internationales)

évoque avec recul ce qui a bien marché et moins bien marché dans le développement de leur outils intranet. En 2008n, l’objectif était de rénover leur intranet tout en intégrant la forme d’un réseau social avec 3 axes principaux : capitaliser l’expérience, assurer la transversalité et mieux échanger. Le chantier de rénovation comprenait la mise en ligne de documents internes, annonce d’actualité, portail d’accès pour l’ensemble des outils du système d’information, création d’une plate-forme d’échanges sur l’utilisation d’outils internes. Trois ans plus tard, le réseau SCE regroupe 35 communautés sur différents domaines d’activités et 4000 publications pour 400 collaborateurs avec un taux de connexion de 15 %. Précurseur dans l’utilisation du Web 2.0., Yves Gillet reconnaît avoir rencontré des difficultés de fiabilité de l’infrastructure liées à la jeunesse de l’outil, des erreurs de communication en ne créant pas de groupe de travail incluant les salariés et manqué de clarté dans les objectifs de départ.

Les poins forts qui fonctionnent chez SCE sont essentiellement le partage de connaissances entre les agences en tous points du globe, la transversalité importante en période de croissance et pour maintenir la culture et la diffusion de l’information en ligne. Fort de cette expérience, Yves Gillet avoue que si c’était à refaire, il n’hésiterait pas une seconde en mettant à profit ces 3 années de développement et en corrigeant certains aspects pour être plus proches et mieux guider les utilisateurs.

Atelier 1 : Inter générationnel : génération Y, Z, senior - Atelier 3 : Les entreprises entre ellesAtelier 4 : Enseignement et recherche/entrepriseAtelier 5 : Entreprises et lien social du territoireAtelier 6 : Comment joue-t-on collectif dans le financement des entreprises ?Conférence plénière : Jouer collectif relève-t-il de la morale ou de l’intérêt ?